L’Indonésie s’étend sur plus de 5 000 kilomètres d’est en ouest, formant le plus vaste archipel maritime au monde. Cette nation insulaire, composée d’environ 17 000 îles et îlots, constitue un laboratoire naturel exceptionnel où se rencontrent l’océan Indien et le Pacifique. La dimension maritime de ce pays d’Asie du Sud-Est dépasse largement sa superficie terrestre : sa zone économique exclusive couvre près de 6 millions de kilomètres carrés, soit douze fois sa surface émergée. Cette configuration géographique unique façonne non seulement l’identité culturelle des 250 millions d’Indonésiens, mais influence également les courants océaniques mondiaux, la biodiversité marine planétaire et les routes commerciales internationales. Découvrir l’Indonésie depuis la mer, c’est comprendre l’essence même de cette civilisation austronésienne millénaire.

Géographie maritime de l’archipel indonésien : 17 000 îles entre l’océan indien et le pacifique

L’archipel indonésien occupe une position charnière entre deux océans majeurs et deux plaques tectoniques continentales. Cette situation géographique exceptionnelle crée un environnement maritime d’une complexité fascinante. Les îles se répartissent le long d’un arc insulaire s’étirant sur près de 1 700 kilomètres du nord au sud de l’équateur, formant une véritable barrière naturelle entre les masses d’eau tropicales.

La configuration de l’archipel résulte de millions d’années d’activité tectonique et volcanique intense. Les profondeurs océaniques y alternent avec des plateaux continentaux peu profonds, créant une mosaïque d’habitats marins. Cette diversité bathymétrique explique en partie la richesse exceptionnelle de la biodiversité marine indonésienne. Les scientifiques estiment que seulement 6 000 des 17 000 îles sont habitées, laissant d’immenses territoires maritimes préservés de l’influence humaine directe.

La dorsale volcanique de la ceinture de feu : de sumatra à la papouasie occidentale

L’Indonésie abrite 147 volcans actifs, soit plus de 15% des volcans actifs mondiaux, formant la section la plus dynamique de la Ceinture de feu du Pacifique. Cette chaîne volcanique sous-marine et terrestre s’étend sur plus de 5 000 kilomètres, de l’extrémité nord de Sumatra jusqu’aux îles de Papouasie occidentale. Les volcans sous-marins, souvent méconnus, jouent un rôle crucial dans l’enrichissement des eaux en nutriments minéraux.

Cette activité volcanique intense modifie constamment la topographie marine. Les éruptions créent de nouveaux îlots, tandis que l’activité hydrothermale des sources volcaniques sous-marines fertilise les eaux environnantes. Le célèbre Krakatoa, situé dans le détroit de la Sonde, rappelle la puissance dévastatrice mais également créatrice de ces forces géologiques. L’éruption de 1883 a modifié durablement la circulation marine locale et créé l’île d’Anak Krakatau, littéralement « l’enfant du Krakatoa ».

Les détroits stratégiques : malacca, sunda, lombok et makassar

Les détroits indonésiens constituent des passages maritimes parmi les plus fréquentés et stratégiques au monde. Le détroit de Malacca, bordant le nord de Sumatra, voit transiter

chaque année plus d’un quart du trafic maritime mondial, reliant l’océan Indien à la mer de Chine méridionale. Plus au sud, les détroits de Sunda, de Lombok et de Makassar jouent un rôle complémentaire : moins connus du grand public, ils sont pourtant essentiels pour la navigation des navires de fort tirant d’eau qui ne peuvent emprunter Malacca, trop peu profond par endroits.

Ces couloirs maritimes sont de véritables « goulots d’étranglement » géopolitiques. Leur contrôle et leur sécurisation conditionnent l’accès aux marchés asiatiques, l’approvisionnement énergétique et la stabilité régionale. Pour le voyageur qui sillonne l’Indonésie par la mer, traverser ces détroits, c’est aussi ressentir de près cette tension permanente entre routes commerciales mondialisées et vie locale des pêcheurs, qui continuent d’y jeter leurs filets comme ils le font depuis des siècles.

Bathymétrie et fosses océaniques : la fosse de java et ses 7 258 mètres de profondeur

Sous la surface apparemment uniforme des mers indonésiennes se cache un relief sous-marin spectaculaire. La fosse de Java, qui longe la côte sud de l’île éponyme sur près de 2 600 kilomètres, atteint une profondeur maximale de 7 258 mètres, ce qui en fait l’une des fosses océaniques les plus profondes de la planète. Ce canyon sous-marin marque la zone de subduction où la plaque indo-australienne s’enfonce sous la plaque eurasienne, alimentant l’intense activité volcanique de l’archipel.

La bathymétrie très contrastée de la région — alternance de plateaux peu profonds, de pentes abruptes et de fosses abyssales — influence directement la circulation des masses d’eau, la répartition des sédiments et les habitats marins. À l’image d’une montagne inversée, chaque « étage » de profondeur abrite des communautés biologiques adaptées à la pression, à la lumière et à la température. Pour les plongeurs techniques et les océanographes, ces reliefs sous-marins constituent un terrain d’exploration fascinant, même si la plupart de ces profondeurs restent hors de portée des activités touristiques classiques.

Courants marins et upwelling : l’influence du passage indonésien (indonesian throughflow)

Au cœur de cette géographie complexe, un phénomène océanographique majeur façonne les mers indonésiennes : le passage indonésien, ou Indonesian Throughflow. Il s’agit du transfert de gigantesques volumes d’eau chaude du Pacifique vers l’océan Indien à travers le labyrinthe de détroits et de bassins de l’archipel. Les estimations récentes parlent de 15 à 20 millions de mètres cubes d’eau par seconde franchissant ces seuils naturels, un véritable « fleuve sous-marin » à l’échelle planétaire.

Ce courant n’est pas homogène : il est canalisé et accéléré dans certains détroits, provoquant des tourbillons, des remontées d’eaux profondes riches en nutriments (upwelling) et des variations de température parfois sensibles sur quelques centaines de mètres seulement. Pour les écosystèmes marins, ces upwellings jouent le rôle d’engrais naturel, stimulant la productivité planctonique et attirant poissons pélagiques, thons, requins ou mammifères marins. Pour vous, navigateur ou plongeur, cela signifie des sites extrêmement riches… mais aussi des courants parfois violents qu’il faut apprendre à lire et respecter.

Navigation traditionnelle et embarcations ancestrales dans les eaux indonésiennes

Bien avant l’arrivée des cargos en acier et des ferries modernes, les eaux indonésiennes étaient déjà sillonnées par une formidable diversité d’embarcations traditionnelles. Ces bateaux, fruit d’une adaptation fine aux conditions de mer et aux ressources locales, témoignent de la maîtrise ancienne des peuples austronésiens pour la navigation hauturière. Naviguer aujourd’hui en Indonésie, c’est encore croiser des silhouettes de voiliers en bois, de pirogues à balancier ou de grands phinisi qui perpétuent des savoir-faire séculaires.

Les phinisi de sulawesi : charpenterie navale bugis et techniques de construction sans plan

Symbole par excellence de la marine traditionnelle indonésienne, le phinisi est un grand voilier en bois originaire de la région de Sulawesi du Sud. Conçu initialement par les peuples bugis et makassar pour le commerce interinsulaire, il arbore deux mâts inclinés et un gréement caractéristique de goélette. Ce qui frappe l’observateur, c’est la pureté de ses lignes et la façon dont la coque semble prolonger naturellement la vague, comme si le bateau était né de la mer elle-même.

La construction d’un phinisi repose sur une charpenterie navale presque entièrement réalisée sans plan écrit. Les maîtres-charpentiers bugis s’appuient sur une mémoire collective, des proportions transmises oralement et un sens intuitif des contraintes mécaniques. Les couples sont ajustés à l’œil, les bordés fixés par chevilles de bois ou par boulons, et le calfatage se fait traditionnellement avec des fibres naturelles et de l’huile de coco. De nombreux bateaux de croisière modernes reprennent aujourd’hui cette architecture phinisi, en y intégrant des standards de confort actuels, offrant aux voyageurs une expérience authentique de la « navigation à voile » indonésienne.

Jukung et outriggers balinais : stabilisation par balancier dans les récifs coralliens

À l’autre extrémité du spectre, les jukung balinais illustrent la finesse des petites embarcations côtières. Ces pirogues à balancier (outrigger) sont généralement construites dans un tronc unique, prolongé par deux bras latéraux reliés à des flotteurs. Ce système de stabilisation, caractéristique de nombreuses cultures austronésiennes, permet de naviguer avec une grande stabilité dans les vagues de récifs coralliens, tout en gardant une coque étroite et rapide.

Pour les pêcheurs balinais, le jukung est un outil de travail et un symbole identitaire : la proue est souvent décorée de motifs colorés et de figures protectrices. Pour vous, voyageur, embarquer à bord d’un jukung au lever du soleil, lorsque des dizaines de voiles triangulaires se détachent sur l’horizon, est une façon unique de découvrir la mer d’Indonésie à petite échelle. Ces bateaux illustrent aussi à quel point l’ingéniosité locale s’est adaptée aux contraintes des récifs peu profonds, des passes étroites et des houles saisonnières.

Perahu de pêche des moluques : adaptation aux conditions de mer des îles aux épices

Dans l’archipel des Moluques, surnommé autrefois « les îles aux épices », d’autres silhouettes se détachent sur la ligne d’horizon : celles des perahu de pêche. Ces embarcations, souvent plus larges que les jukung, combinent voile, rame et moteur hors-bord selon les besoins. Leur forme de coque, légèrement relevée aux extrémités, est pensée pour affronter les mers parfois hachées de la mer de Banda et des Moluques, où le vent peut lever des vagues courtes et puissantes.

Les perahu sont au cœur du quotidien : transport de clous de girofle, de noix de muscade, de coprah, mais aussi pêche au thon, à la bonite ou aux poissons récifaux. Dans certains villages, vous verrez encore des perahu à voile traditionnelle, gréées de toiles cousues à la main. Elles témoignent d’une adaptation fine aux régimes de vent locaux et aux saisons de mousson. Observer ces bateaux, c’est lire en direct un chapitre vivant de l’histoire maritime de l’Indonésie.

Navigation astronomique austronésienne : orientation par les étoiles et lecture des vagues

Au-delà des coques et des voiles, c’est tout un art de la navigation qui s’est développé dans l’archipel, bien avant l’ère du GPS. Les marins austronésiens, ancêtres des Indonésiens actuels, maîtrisaient une navigation astronomique sophistiquée. Ils s’orientaient grâce aux étoiles, mais aussi en observant les houles, les nuages, le vol des oiseaux marins ou la couleur de l’eau. On pourrait comparer cette approche à une « lecture » du paysage marin, où chaque détail fournit un indice de direction ou de proximité d’une terre.

Dans certaines communautés de navigateurs, comme les Bajau ou les marins de Sulawesi, cet héritage persiste. Des études récentes ont montré que ces navigateurs sont capables d’estimer leur position avec une précision étonnante, simplement en combinant la mémoire des routes, la direction du vent dominant et les repères célestes. Pour vous qui voyagez aujourd’hui avec des instruments modernes, comprendre ces techniques anciennes, c’est prendre conscience que la mer d’Indonésie n’est pas un espace vide, mais un univers codé que les peuples locaux savent décrypter depuis des millénaires.

Biodiversité marine du triangle de corail : épicentre mondial de la vie sous-marine

L’Indonésie se trouve au cœur du Triangle de Corail, une zone qui s’étend jusqu’aux Philippines, à la Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon, considérée comme l’épicentre de la biodiversité marine mondiale. On y recense plus de 600 espèces de coraux constructeurs de récifs (soit près de 75 % des espèces connues) et plus de 3 000 espèces de poissons. En d’autres termes, si vous cherchez un endroit où la vie sous-marine atteint son paroxysme de diversité, c’est ici, dans les mers indonésiennes, que vous le trouverez.

Raja ampat et ses 1 500 espèces de poissons récifaux : hotspot de la méga-diversité

Situé à l’extrême nord-ouest de la Papouasie occidentale, l’archipel de Raja Ampat est souvent décrit comme le « joyau » du Triangle de Corail. Selon des études de Conservation International, on y a identifié plus de 1 500 espèces de poissons récifaux et plus de 500 espèces de coraux, des chiffres records à l’échelle de la planète. La configuration labyrinthique des îlots calcaires, des lagons et des tombants crée une mosaïque d’habitats où s’épanouissent bancs de barracudas, bancs de fusiliers, requins de récif, hippocampes pygmées et une myriade de nudibranches colorés.

Pour le plongeur, Raja Ampat est un peu l’équivalent d’une grande bibliothèque vivante de la vie marine : chaque plongée est un nouveau chapitre, chaque récif une encyclopédie en soi. Les courants parfois soutenus apportent une nourriture constante, expliquant cette densité de vie. Les croisières-plongée (liveaboards) sont le moyen privilégié pour explorer ces zones reculées, mais des écolodges insulaires se développent également, souvent gérés en partenariat avec les communautés papoues pour favoriser un tourisme durable.

Parc national de komodo : convergence des courants et concentration de pélagiques

Plus au sud, entre Sumbawa et Flores, le parc national de Komodo illustre parfaitement l’influence des courants sur la biodiversité. Situé à la jonction entre l’océan Indien et la mer de Flores, le parc est traversé par des flux d’eau puissants qui agissent comme un entonnoir à nutriments. Résultat : une concentration exceptionnelle de pélagiques et de grands prédateurs, des requins de récif aux carangues géantes en passant par les thons à dents de chien.

Les sites de plongée comme Batu Bolong, Castle Rock ou Crystal Rock sont célèbres pour leurs bancs de poissons denses et leurs rencontres fréquentes avec des raies manta. Mais ces mêmes courants qui rendent la vie sous-marine si abondante rendent aussi la plongée plus technique. D’où l’importance de choisir des centres de plongée expérimentés et de respecter les briefings : ici plus qu’ailleurs, la mer commande, et c’est à nous de nous adapter à son rythme.

Détroit de lembeh : macro-faune benthique et espèces endémiques rares

À l’opposé des récifs multicolores de Raja Ampat ou de Komodo, le détroit de Lembeh, au nord de Sulawesi, montre que la biodiversité ne se mesure pas seulement en coraux et en grands bancs de poissons. Cette étroite bande d’eau, séparant l’île de Lembeh du continent, est devenue le sanctuaire mondial de la « muck diving », une forme de plongée qui se concentre sur la macro-faune vivant sur des fonds sableux ou vaseux.

Ici, les plongeurs viennent chercher des créatures rares et souvent endémiques : poissons-grenouilles poilus, poulpes mimétiques, seiches flamboyantes, hippocampes pygmées, syngnathes fantômes, nudibranches extravagants. À première vue, le paysage sous-marin peut sembler monotone, presque désertique, mais à l’image d’un ciel nocturne que l’on apprend à regarder, il se révèle plein de points lumineux de vie dès que l’on sait où poser son regard. Lembeh rappelle que le Triangle de Corail abrite aussi une diversité comportementale et morphologique fascinante à petite échelle.

Migration des raies manta à nusa penida : stations de nettoyage et comportements alimentaires

Non loin de Bali, l’île de Nusa Penida est devenue célèbre pour ses rencontres régulières avec les raies manta. Ces géants planctonophages, dont l’envergure peut dépasser cinq mètres, profitent ici de conditions océaniques particulières. Les upwellings d’eaux froides et riches en nutriments attirent le plancton, dont se nourrissent les mantas, tandis que certaines zones peu profondes abritent des « stations de nettoyage » où des poissons nettoyeurs viennent débarrasser ces majestueuses raies de leurs parasites.

Observer une raie manta tournoyer calmement au-dessus d’un récif, comme un oiseau planant sur une plaine invisible, est une expérience marquante. Pour maximiser vos chances de rencontres tout en minimisant l’impact sur ces animaux, il est important de respecter quelques règles simples : garder ses distances, ne pas les poursuivre, éviter les bulles directes sur elles. De nombreux opérateurs balsa balinais mettent d’ailleurs en place des chartes de bonne conduite, preuve que le tourisme peut, lorsqu’il est encadré, soutenir la préservation des grands migrateurs marins.

Croisières d’exploration maritime : de bali aux îles reculées de l’est indonésien

Face à l’immensité de l’archipel, une question revient souvent : comment découvrir la diversité des mers indonésiennes sans passer son temps dans les avions ? Les croisières d’exploration, qu’elles soient dédiées à la plongée ou à l’observation naturaliste, apportent une réponse idéale. Elles permettent de relier des îles autrement difficilement accessibles, de profiter des levers et couchers de soleil en mer, et de vivre ce rythme si particulier de la navigation lente entre deux mouillages.

Itinéraires de plongée liveaboard à travers les petites îles de la sonde

Les liveaboards qui partent de Bali ou de Lombok pour explorer les Petites Îles de la Sonde suivent souvent des itinéraires allant jusqu’à Flores, Alor ou même la mer de Banda. Ces croisières durent généralement de 7 à 12 jours et combinent des plongées sur des récifs intacts, des dérivantes dans des passes riches en pélagiques et des escales dans des villages isolés. Entre deux immersions, le simple fait d’observer le paysage défiler — volcans fumants, plages désertes, îlots couverts de savane — est déjà une expérience en soi.

Pour choisir votre itinéraire, interrogez-vous sur vos priorités : préférez-vous les grandes rencontres (manta, requins, bancs de thons) ou la macro-faune ? Souhaitez-vous inclure des randonnées à terre, par exemple vers les villages traditionnels de Flores ou les volcans d’Alor ? Les saisons jouent aussi un rôle : certaines zones sont plus accessibles et plus calmes en mer à certaines périodes de l’année. Discuter avec des opérateurs spécialisés vous aidera à bâtir un voyage sur mesure dans ces mers encore préservées.

Navigation dans l’archipel des banda : vestiges coloniaux et volcans actifs

Encore plus à l’est, l’archipel des Banda offre un condensé d’histoire et de géologie à ciel ouvert. Ces petites îles furent pendant des siècles le centre du commerce mondial de la noix de muscade, attirant tour à tour Portugais, Hollandais et Britanniques. Arriver par la mer dans le port de Banda Neira, dominé par les ruines d’un fort colonial et la silhouette conique du volcan Gunung Api, donne l’impression de remonter le temps.

Les croisières qui passent par Banda combinent souvent plongées sur des tombants couverts de gorgones et épaves anciennes, visites de plantations d’épices et ascension du volcan pour savourer une vue panoramique sur l’anneau d’îles. La mer de Banda, profonde et encore peu fréquentée, abrite par ailleurs des bancs de poissons impressionnants et, en saison, des cétacés comme les cachalots ou les rorquals. Vous naviguez ici au croisement de trois récits : celui des plaques tectoniques, celui des routes commerciales d’autrefois et celui des migrations animales actuelles.

Expéditions vers les îles derawan et sangalaki : nurserie de tortues et méduses dorées

Au large de la côte est du Kalimantan (Bornéo indonésien), les îles Derawan, Sangalaki, Kakaban ou Maratua se découvrent principalement par bateau. Cette région, encore relativement confidentielle, est réputée pour ses eaux claires, ses récifs foisonnants et ses rencontres régulières avec les tortues vertes et imbriquées. Sangalaki est notamment une importante nurserie de tortues : des milliers de femelles viennent y pondre chaque année, et des programmes locaux permettent aux visiteurs d’assister, avec précaution, à la libération des jeunes tortues vers la mer.

L’île de Kakaban abrite, quant à elle, un lac intérieur unique, peuplé de méduses dorées dont les capacités urticantes ont fortement régressé. Nager parmi ces animaux énigmatiques, dans une eau verte laiteuse, est une expérience presque irréelle, comme si vous flottiez au milieu d’un ciel inversé parsemé de petites lunes translucides. Pour accéder à ces îles, il faut généralement combiner vols domestiques, transferts terrestres et bateau rapide : une logistique plus complexe, mais qui garantit aussi une fréquentation encore modérée.

Défis maritimes contemporains : conservation et gestion durable des ressources océaniques

Si l’Indonésie vue de la mer fait rêver par sa beauté et sa diversité, elle est aussi confrontée à des défis considérables. Pression démographique, intensification des activités de pêche, pollution plastique, réchauffement des eaux : autant de facteurs qui fragilisent les écosystèmes marins. La gestion durable de cet immense territoire océanique est devenue un enjeu stratégique, écologique et économique pour le pays comme pour la région.

Lutte contre la pêche INN (illicite, non déclarée et non réglementée) dans la ZEE indonésienne

Avec une zone économique exclusive parmi les plus vastes au monde, l’Indonésie est particulièrement exposée à la pêche INN (illicite, non déclarée et non réglementée). Des navires étrangers viennent parfois exploiter illégalement les stocks de thon, de crevettes ou d’autres espèces à haute valeur commerciale, menaçant la sécurité alimentaire des communautés côtières. Les autorités indonésiennes ont réagi ces dernières années par un renforcement des patrouilles et des sanctions, allant jusqu’au sabordage médiatisé de navires pris en infraction.

Au-delà des coups d’éclat, la lutte contre la pêche INN repose aussi sur la coopération régionale, le partage d’informations et l’amélioration de la traçabilité des produits de la mer. Pour vous, en tant que consommateur ou voyageur, soutenir les filières de pêche artisanale locale et privilégier les opérateurs engagés dans des pratiques responsables est une manière concrète de contribuer à cet effort collectif.

Programmes de restauration corallienne : biorock et transplantation de coraux à gili trawangan

Les récifs coralliens indonésiens ont été durement touchés par des épisodes de blanchissement liés aux canicules marines, par la pêche à l’explosif (désormais illégale) ou par l’ancrage sauvage. Face à ces impacts, de nombreux projets de restauration ont vu le jour. À Gili Trawangan, près de Lombok, des structures biorock — des armatures métalliques parcourues par un faible courant électrique — servent de support à la croissance accélérée des coraux. L’électricité facilite la précipitation des carbonates, créant un « squelette » calcaire sur lequel les coraux se fixent plus facilement.

D’autres initiatives de transplantation de coraux utilisent des nurseries sous-marines, où des fragments sont cultivés avant d’être replacés sur des récifs dégradés. Si ces techniques ne remplacent pas la protection des récifs existants, elles offrent cependant des outils précieux pour accélérer la résilience de certains sites clés. En tant que plongeur ou snorkeleur, vous pouvez soutenir ces programmes en choisissant des centres impliqués dans la restauration et en adoptant des comportements respectueux (pas de contact avec les coraux, maîtrise de sa flottabilité, utilisation de crèmes solaires « reef safe »).

Surveillance satellitaire AIS et contrôle des routes maritimes commerciales

Pour contrôler ce vaste espace maritime, l’Indonésie s’appuie de plus en plus sur des technologies de pointe. Le système AIS (Automatic Identification System), qui transmet en temps réel la position et l’identité des navires, est couplé à des plateformes satellitaires et à l’intelligence artificielle pour détecter les comportements suspects : navires qui coupent leur transpondeur, routes anormales, regroupements prolongés en pleine mer. Ce maillage numérique permet non seulement de lutter contre la pêche INN, mais aussi de sécuriser les couloirs de navigation commerciale.

On pourrait comparer cette surveillance à un « radar aérien » appliqué à la mer, où chaque point lumineux représente un navire en mouvement. Les données ainsi collectées servent également à optimiser les routes maritimes, réduire le risque de collision avec la faune (baleines, par exemple) ou limiter les émissions de gaz à effet de serre en raccourcissant certains trajets. À terme, une meilleure transparence du trafic maritime est un atout clé pour concilier développement économique et protection des écosystèmes.

Aires marines protégées : réseau savu sea MPA et sanctuaires de mégafaune

L’Indonésie a considérablement étendu son réseau d’aires marines protégées (AMP) au cours des deux dernières décennies, avec pour objectif de protéger 30 % de ses eaux d’ici 2030. Parmi ces AMP, le réseau de la mer de Savu, entre Sumba, Flores et Timor, occupe une place particulière. Cette zone est un corridor de migration pour de nombreuses espèces de cétacés (dauphins, baleines à bosse, rorquals bleus) et un habitat pour les tortues marines et les raies manta.

La création de ces sanctuaires ne se limite pas à tracer des lignes sur une carte : elle implique le travail avec les communautés locales, la mise en place de règles de pêche, le développement d’alternatives économiques (écotourisme, aquaculture durable) et le suivi scientifique des populations. En choisissant de visiter ces AMP avec des opérateurs engagés, vous participez à la valorisation économique de la conservation et contribuez à démontrer que des océans en bonne santé sont un investissement rentable sur le long terme.

Accès maritime vers les destinations insulaires méconnues de l’archipel

Au-delà des grands noms comme Bali, Komodo ou Raja Ampat, l’Indonésie regorge d’îles plus confidentielles, accessibles principalement par la mer. Ces destinations demandent souvent un peu plus de patience et de flexibilité logistique, mais elles offrent en retour une expérience d’Indonésie « au ralenti », où le temps semble s’écouler au rythme des marées et des départs de bateaux.

Îles togian dans le golfe de tomini : atolls coralliens et communautés bajau

Situées au cœur du golfe de Tomini, au large de Sulawesi central, les îles Togian forment un archipel d’atolls et d’îlots boisés, entourés de récifs parmi les mieux préservés de la région. Leur isolement — il faut généralement combiner un vol jusqu’à Ampana ou Gorontalo puis plusieurs heures de bateau — a contribué à limiter la pression touristique. Les fonds marins y sont d’une clarté remarquable, propices au snorkeling autant qu’à la plongée.

Les Togian sont également un territoire de vie pour certaines communautés Bajau, parfois appelées « nomades de la mer ». Leurs maisons sur pilotis, leurs pirogues, leur relation intime avec l’océan invitent à réfléchir à d’autres manières d’habiter le monde maritime. En séjournant dans de petites guesthouses locales et en respectant les usages, vous pouvez découvrir ce mode de vie unique, entre traditions ancestrales et défis contemporains.

Archipel des wakatobi : barrière de corail de 600 kilomètres en mer de banda

Plus au sud-est de Sulawesi, l’archipel des Wakatobi — acronyme formé à partir des îles Wangi-Wangi, Kaledupa, Tomia et Binongko — est devenu synonyme de récifs exceptionnels. La région est souvent présentée comme l’une des plus belles destinations de plongée au monde, avec une barrière de corail s’étirant sur plus de 600 kilomètres. Les sites y offrent une visibilité souvent excellente, des tombants vertigineux tapissés d’éponges et de gorgones, ainsi qu’une grande diversité de poissons de récif.

L’accès se fait principalement par avion jusqu’à Wangi-Wangi, puis par bateau vers les autres îles. Des resorts spécialisés plongée ont joué un rôle moteur dans la protection des récifs, en travaillant avec les villages pour limiter la pêche destructrice et valoriser l’écotourisme. Pour vous, c’est l’occasion de vivre quelques jours dans une « bulle » où le quotidien s’organise autour des marées, des plongées et des conversations du soir face au soleil couchant sur la mer de Banda.

Îles alor et pantar : courants puissants et murs de coraux verticaux

À l’extrémité est des Petites Îles de la Sonde, les îles Alor et Pantar restent à ce jour relativement peu connues du grand public. Pourtant, leurs eaux figurent parmi les plus riches et les plus spectaculaires de l’archipel. Les détroits qui séparent ces îles canalisent des courants puissants, donnant naissance à des upwellings marqués et à des récifs en excellente santé. Les plongées dérivantes le long de murs de coraux verticaux, couverts de gorgones et abritant requins, raies et bancs de carangues, y sont légendaires.

L’accès à Alor se fait par vol domestique depuis Kupang ou parfois depuis Bali, puis par route et bateau vers les villages côtiers. Sur place, l’ambiance est à la fois austère et chaleureuse : paysages volcaniques, petites communautés de pêcheurs, marchés simples mais animés. Si vous recherchez une Indonésie maritime authentique, loin du tourisme de masse, accepter la logistique un peu plus complexe d’Alor et Pantar est un pari qui se révèle presque toujours gagnant.