
Les régions polaires exercent une fascination unique sur les voyageurs en quête d’authenticité et de territoires préservés. Ces étendues glacées, où la nature règne en maître absolu, offrent des expériences d’une intensité rare qui marquent profondément ceux qui osent s’y aventurer. Contrairement aux croisières traditionnelles, les expéditions polaires vous transportent vers des destinations que seuls les navires spécialement conçus peuvent atteindre, ouvrant l’accès à des paysages d’une beauté saisissante et à une faune exceptionnelle. Chaque débarquement devient une découverte, chaque rencontre avec la vie sauvage un privilège rare, dans des environnements où le silence n’est brisé que par le craquement des glaces et le souffle des baleines.
Navires d’expédition polaire : caractéristiques techniques et classes de glace
Les navires d’expédition polaire représentent le summum de l’ingénierie maritime moderne, conçus pour affronter les conditions les plus extrêmes que notre planète puisse offrir. Ces véritables forteresses flottantes allient robustesse technique et confort raffiné, permettant aux passagers de découvrir des territoires autrement inaccessibles tout en bénéficiant de prestations haut de gamme. L’évolution technologique de ces navires au cours des dernières décennies a révolutionné l’exploration polaire, rendant possible ce qui était autrefois réservé aux seuls explorateurs professionnels.
Coques renforcées classe PC6 et PC7 pour la navigation arctique
La classification polaire des navires d’expédition obéit à des normes internationales strictes définies par l’Organisation maritime internationale (OMI). Les classes PC6 et PC7 correspondent aux standards les plus élevés pour la navigation dans les glaces de première année d’une épaisseur pouvant atteindre 1,5 mètre. Ces coques renforcées intègrent des plaques d’acier de haute résistance, souvent doublées d’alliages spéciaux capables de résister aux contraintes mécaniques exercées par la glace en mouvement.
L’épaisseur des coques peut atteindre jusqu’à 40 millimètres dans les zones de contact avec la glace, soit trois fois plus qu’un navire de croisière conventionnel. Cette conception particulière permet aux navires de naviguer en toute sécurité dans des eaux où la banquise peut se refermer rapidement, créant des pressions considérables sur la structure du navire. Les membrures internes sont également renforcées selon des calculs précis prenant en compte les forces de torsion et de compression exercées par les glaces flottantes.
Systèmes de propulsion hybride et positionnement dynamique
Les navires d’expédition modernes intègrent des systèmes de propulsion hybride combinant moteurs diesel traditionnels et propulsion électrique, permettant une navigation plus silencieuse et respectueuse de l’environnement. Cette technologie s’avère particulièrement précieuse lors des observations de la faune, où le moindre bruit peut perturber les animaux dans leur habitat naturel. La propulsion électrique permet également une meilleure manœuvrabilité dans les eaux encombrées de glace.
Le positionnement dynamique représente une innovation majeure pour l’exploration polaire. Ce système utilise des propulseurs latéraux contrôlés par ordinateur pour maintenir le navire en position stable sans ancrage, même par conditions météorologiques difficiles. Cette capacité s’avère essentielle lors des débarquements en Zodiac, permettant au navire de rester parf
tionnellement stable pendant que les passagers embarquent ou débarquent en toute sécurité. Dans les régions polaires, où les fonds sont souvent mal cartographiés et les conditions changeantes, éviter l’ancrage limite également l’impact sur les fonds marins fragiles. Couplé à des systèmes de navigation de haute précision (radar, sonar, GPS différentiel), le positionnement dynamique devient ainsi un outil incontournable pour approcher glaciers, banquise et côtes isolées avec un maximum de contrôle et de sécurité.
Équipements de sécurité spécialisés et canots pneumatiques zodiac
Au-delà de la coque et de la propulsion, la sécurité à bord d’un navire d’expédition polaire repose sur une panoplie d’équipements spécialisés. Les systèmes de détection de glace par radar, caméras thermiques et sonars multifaisceaux permettent d’anticiper la présence de growlers et de blocs immergés difficilement visibles à l’œil nu. Les systèmes de lutte contre l’incendie, de fermeture étanche des compartiments et de redondance des moteurs sont dimensionnés pour maintenir le navire opérationnel même en cas d’avarie majeure.
Les canots pneumatiques de type Zodiac constituent l’outil central des débarquements en environnement polaire. Fabriqués en matériaux renforcés et motorisés par des hors-bords puissants, ils permettent d’approcher les plages de galets, les fronts glaciaires ou les criques étroites, là où aucun navire ne pourrait manœuvrer. Chaque Zodiac est équipé de moyens de communication, de matériel de survie et de dispositifs de flottaison individuels, et leur utilisation est encadrée par des protocoles stricts : nombre limité de passagers, répartition des charges, consignes de sécurité avant chaque sortie.
À cela s’ajoutent les équipements individuels fournis ou recommandés par les compagnies : gilets de sauvetage adaptés au froid, combinaisons d’expédition imperméables, bottes isolantes. Dans les régions où la faune peut représenter un risque – comme l’ours polaire en Arctique – des systèmes de sécurité spécifiques (fusées éclairantes, armes dissuasives dans les mains de guides formés) complètent le dispositif. Tout est pensé pour que vous puissiez vivre une croisière d’expédition polaire immersive, sans compromis sur la sécurité.
Capacité passagers limitée : du MS roald amundsen aux petits explorateurs
À la différence des grands paquebots pouvant embarquer plusieurs milliers de croisiéristes, un navire d’expédition polaire accueille généralement entre 70 et 500 passagers maximum. Cette capacité réduite n’est pas seulement un gage de confort, elle répond aussi à des contraintes réglementaires en zones polaires, où le nombre de personnes pouvant débarquer simultanément est limité. En pratique, moins de passagers signifie des rotations Zodiac plus rapides, des groupes à terre plus restreints et une expérience nettement plus intime.
Des unités comme le MS Roald Amundsen ou le Commandant Charcot illustrent ce nouveau standard : des navires d’expédition polaire de grande capacité relative, mais conçus avec un ratio équipage/passagers élevé, de larges salons panoramiques et des cabines majoritairement avec vue ou balcon. À l’autre extrémité du spectre, des navires comme le Polarfront ou certains yachts d’expédition n’embarquent qu’une cinquantaine de voyageurs, offrant une atmosphère presque familiale et une grande flexibilité dans le choix des escales.
Pour vous, cette limitation volontaire du nombre de passagers se traduit par un suivi plus personnalisé : davantage d’échanges avec les guides, plus de temps d’observation, moins de cohue lors des débarquements. C’est aussi un facteur clé pour la préservation des sites : une île fragile, un front glaciaire ou une colonie d’oiseaux supportent bien mieux la visite de petits groupes successifs que l’arrivée massive de centaines de personnes en même temps.
Destinations emblématiques des croisières d’expédition arctiques
L’Arctique est un immense puzzle de mers, d’archipels et de côtes découpées, où chaque région possède sa propre identité. Choisir sa croisière d’expédition arctique, c’est un peu comme choisir un chapitre d’un grand livre polaire : Svalbard, Groenland, passage du Nord-Ouest… autant de noms qui font rêver, mais qui offrent des expériences très différentes. Faune emblématique, reliefs spectaculaires, histoire des grandes explorations : chaque itinéraire révèle une facette particulière du Grand Nord.
Avant de réserver, il est utile de vous demander ce que vous recherchez en priorité : l’observation de l’ours polaire, la découverte des cultures inuites, la traversée de routes historiques ou la contemplation de fjords monumentaux. Les durées de croisière varient de 8–10 jours pour une première découverte à plusieurs semaines pour les traversées complètes comme le passage du Nord-Ouest. Dans tous les cas, ces croisières d’expédition arctiques restent profondément conditionnées par la glace et la météo : la souplesse d’itinéraire fait partie intégrante de l’aventure.
Archipel du svalbard et île de spitzberg : faune et géologie
Situé au nord de la Norvège, entre le 74e et le 81e parallèle, le Svalbard est souvent considéré comme la porte d’entrée idéale pour une première croisière arctique. L’île principale, le Spitzberg, combine reliefs alpins, glaciers qui se jettent dans la mer, toundra fleurie en été et une faune emblématique qui lui vaut le surnom de « royaume de l’ours polaire ». Les chances d’observer cet animal mythique y sont parmi les plus élevées de tout l’Arctique, surtout en début d’été lorsque la banquise se retire progressivement.
Sur le plan géologique, le Svalbard est un véritable manuel à ciel ouvert : roches sédimentaires plissées, couches de charbon exploitées historiquement, fossiles de plantes et d’animaux marins témoignent des climats passés. Les croisières d’expédition au Spitzberg alternent débarquements sur des plages de galets, exploration de falaises grouillantes d’oiseaux marins et navigation lente au pied des fronts glaciaires. Vous y verrez peut-être aussi des renards arctiques, des rennes du Svalbard, des morses et de nombreuses espèces d’oiseaux nicheurs.
Autre atout majeur de cette destination : son accessibilité relative. Des vols réguliers desservent Longyearbyen, port de départ principal, et la saison de navigation s’étend généralement de mai à septembre. Pour une première immersion, une croisière au Svalbard de 8 à 12 jours offre un excellent équilibre entre découverte naturaliste, sensation d’isolement et confort à bord.
Passage du Nord-Ouest canadien via le détroit de lancaster
Longtemps fantasmé et cherché par les grands explorateurs, le passage du Nord-Ouest relie l’Atlantique au Pacifique à travers un labyrinthe de chenaux au nord du Canada. Aujourd’hui encore, le traverser en croisière d’expédition reste une expérience rare, rendue possible par la fonte saisonnière de la glace et par les capacités des navires polaires modernes. Le détroit de Lancaster, au cœur de cet itinéraire, constitue l’un des segments les plus spectaculaires.
Cette région est un véritable carrefour biologique : narvals, bélugas, baleines boréales, ours polaires et bœufs musqués peuvent y être observés, souvent à proximité des côtes. Les croisières d’expédition dans le passage du Nord-Ouest intègrent aussi une dimension historique forte, avec des escales sur des sites associés aux expéditions Franklin, Amundsen ou encore à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Les ruines de postes de traite, les épaves et les tombes isolées rappellent la dureté des conditions rencontrées par ces pionniers.
Sur le plan logistique, ce type de croisière exige une grande flexibilité : l’itinéraire exact est souvent décidé en fonction des dernières données de glace, mises à jour quotidiennement. Les passagers sont conviés aux briefings à bord pour comprendre ces choix et suivre, carte en main, la progression du navire. Si vous rêvez d’une véritable aventure polaire, où l’itinéraire n’est jamais entièrement figé, le passage du Nord-Ouest est une destination de choix.
Côte est du groenland : fjords de scoresby sund et ammassalik
Plus sauvage et isolée que la côte ouest, la côte est du Groenland est l’un des joyaux des croisières d’expédition arctiques. Le système de fjords de Scoresby Sund, considéré comme le plus vaste au monde, est un univers minéral presque irréel : falaises de plusieurs centaines de mètres, glaciers qui se désagrègent en icebergs géants, lumières rasantes qui subliment les reliefs. En fin d’été, la banquise se retire suffisamment pour permettre aux navires d’expédition de pénétrer profondément dans ce labyrinthe glaciaire.
Plus au sud, la région d’Ammassalik (autour de Tasiilaq) révèle un autre visage du Groenland de l’Est, plus habité, marqué par la présence de villages inuits colorés accrochés au bord des fjords. Les escales y sont souvent l’occasion de rencontrer les habitants, de découvrir la culture groenlandaise contemporaine et les traditions de chasse et de pêche encore vivaces. Cette dimension humaine donne une profondeur particulière à la croisière, bien au-delà des seuls paysages.
Côté faune, la côte est du Groenland offre de belles opportunités d’observer baleines, phoques, morses et oiseaux marins, le tout dans une atmosphère de bout du monde. Le sentiment d’isolement y est particulièrement intense : aucun réseau routier, très peu d’infrastructures, des communications limitées… Vous avez littéralement l’impression de voyager dans un monde parallèle, régi par la glace et les saisons.
Archipel François-Joseph et terre de François-Joseph russe
À l’extrême nord de la Russie, au-delà du 80e parallèle, la Terre François-Joseph (ou archipel François-Joseph) est l’une des destinations les plus extrêmes accessibles en croisière d’expédition arctique. Composé de près de 200 îles en grande partie recouvertes de glace, cet archipel fut longtemps réservé aux brise-glaces de recherche et aux missions militaires. Aujourd’hui, quelques navires d’expédition spécialement renforcés y proposent des voyages très exclusifs.
Le paysage y est dominé par les calottes glaciaires, les falaises basaltiques et les plages de galets occupées par des colonies de morses. Les ours polaires y sont fréquents, tout comme diverses espèces d’oiseaux marins nichant sur les falaises. Les conditions de navigation y sont toutefois parmi les plus délicates de l’Arctique, avec une banquise persistante et un temps très changeant. Les débarquements, lorsqu’ils sont possibles, se font sous la surveillance constante de guides armés en raison de la forte densité d’ours.
Cette destination s’adresse clairement aux voyageurs en quête d’une croisière d’expédition polaire d’exception, acceptant un niveau d’incertitude élevé sur l’itinéraire et les débarquements. En contrepartie, l’expérience est unique : rares sont ceux qui peuvent dire qu’ils ont foulé l’une de ces îles perdues au bord de l’océan Arctique, dans des paysages quasiment intacts depuis les premières explorations du XIXe siècle.
Expéditions antarctiques : péninsule et îles subantarctiques
Si l’Arctique est un océan entouré de continents, l’Antarctique est un continent encerclé par l’océan : cette différence géographique fondamentale se ressent immédiatement en croisière. Ici, tout est dominé par la glace, des plateaux continentaux aux barrières flottantes, avec une faune concentrée sur les côtes : manchots, phoques, baleines et oiseaux marins. Une croisière d’expédition en Antarctique est souvent décrite comme « un voyage sur une autre planète », tant les repères habituels disparaissent.
La plupart des voyageurs commencent par la péninsule Antarctique et les îles subantarctiques avoisinantes, accessibles depuis l’Amérique du Sud. D’autres itinéraires, plus longs, conduisent vers la mer de Ross, la Géorgie du Sud ou les îles Falkland/Malouines. Dans tous les cas, les règles de navigation et de débarquement y sont strictement encadrées par des accords internationaux, pour limiter l’impact de la présence humaine sur cet écosystème d’une fragilité extrême.
Traversée du passage de drake et accostage en péninsule antarctique
Entre Ushuaïa, à l’extrême sud de l’Argentine, et la péninsule Antarctique s’étend le passage de Drake, une zone de convergence océanique où les conditions de mer peuvent être particulièrement animées. Selon la météo, vous connaîtrez soit le « Drake Lake » (mer étonnamment calme), soit le « Drake Shake », avec de fortes houles qui rappellent la puissance de l’océan Austral. Les navires d’expédition modernes, équipés de stabilisateurs et de coques renforcées, rendent cette traversée accessible à un large public, à condition de prévoir un traitement contre le mal de mer si vous y êtes sensible.
Ces deux jours de navigation sont mis à profit pour les premiers briefings de sécurité, la distribution de l’équipement d’expédition (parkas, bottes), et les conférences introductives sur la faune, la géologie et l’histoire de l’Antarctique. Puis vient le moment tant attendu : l’apparition des premiers icebergs tabulaires, suivie des côtes dentelées de la péninsule, surmontées de montagnes recouvertes de glace. Les débarquements se succèdent alors sur des sites emblématiques : anciennes stations baleinières, colonies de manchots, baies protégées où les phoques léopards se reposent sur les plaques de glace.
Sur place, le rythme d’une croisière d’expédition en péninsule Antarctique est dicté par la météo et la glace. Deux à trois activités par jour peuvent être proposées : sorties en Zodiac, randonnées à pied, kayak, voire camping ou raquettes selon les compagnies. Chaque jour est différent, et même un même site visité deux fois offre une atmosphère changeante en fonction de la lumière, de la neige fraîche ou des déplacements de la banquise.
Îles géorgie du sud : colonies de manchots royaux à salisbury plain
Située à environ 2 000 kilomètres à l’est de l’Argentine, la Géorgie du Sud est souvent qualifiée de « Galápagos de l’Antarctique ». Ce n’est pas un hasard : l’abondance de la faune y est tout simplement spectaculaire. À Salisbury Plain, St Andrews Bay ou Gold Harbour, des dizaines de milliers de manchots royaux se rassemblent en colonies densément peuplées, formant un paysage vivant où les cris des adultes et des poussins se mêlent au ressac et au vent.
Les croisières d’expédition passant par la Géorgie du Sud sont généralement plus longues (entre 15 et 21 jours) et combinent plusieurs régions : îles Falkland/Malouines, Géorgie du Sud, péninsule Antarctique. En plus des manchots royaux, vous y observerez des éléphants de mer massifs, des otaries à fourrure antarctiques et une riche avifaune, dont l’albatros hurleur au vol majestueux. Les débarquements sont souvent limités en nombre de personnes simultanément, afin de préserver la quiétude des animaux et la végétation fragile.
La Géorgie du Sud est aussi un haut lieu de l’histoire des explorations. C’est ici qu’Ernest Shackleton trouva refuge après l’odyssée de l’Endurance, et c’est à Grytviken que se trouve sa tombe, souvent visitée lors des croisières. Entre montagnes escarpées, glaciers descendant jusqu’à la mer et vestiges de stations baleinières, l’île offre une atmosphère unique, mêlant nature exubérante et mémoire humaine.
Archipel des shetland du sud et stations scientifiques permanentes
Situées au nord de la péninsule Antarctique, les îles Shetland du Sud constituent souvent les premiers contacts avec le continent blanc. Deception Island, avec sa caldeira volcanique inondée, permet parfois une baignade dans des eaux légèrement réchauffées par l’activité géothermale, un contraste saisissant avec l’air glacé. King George Island, quant à elle, abrite plusieurs stations scientifiques de différents pays, accessibles lors de visites encadrées.
Découvrir ces stations, c’est plonger dans la réalité quotidienne de ceux qui vivent et travaillent en Antarctique : laboratoires, logements, chapelles, infrastructures logistiques… Vous y prendrez la mesure de l’engagement scientifique international pour mieux comprendre le climat, la glace, la faune et les océans. Les croisières d’expédition qui intègrent ces escales offrent ainsi un précieux complément pédagogique à l’observation purement naturaliste.
L’archipel des Shetland du Sud accueille également de remarquables colonies de manchots à jugulaire et papous, ainsi que des sites de nidification pour de nombreux oiseaux marins. Les contrastes de couleurs – roches sombres, neige, glace bleutée, plumages noirs et blancs – composent des scènes graphiques que les photographes apprécient particulièrement. C’est une excellente introduction avant de s’enfoncer plus au sud le long de la péninsule.
Mer de ross et barrière de ross : accès aux bases McMurdo et scott
La mer de Ross, au sud de la Nouvelle-Zélande, est sans doute l’une des régions les plus mythiques de l’Antarctique, mais aussi l’une des plus difficiles d’accès. Bordée par l’imposante barrière de Ross – une muraille de glace flottante longue de plusieurs centaines de kilomètres – elle a vu passer les grandes expéditions britanniques et norvégiennes du début du XXe siècle. S’y rendre en croisière d’expédition reste un privilège rare, réservé à quelques navires polaires capables de gérer des conditions de glace très variables.
Lorsque la glace le permet, certains itinéraires tentent d’approcher les alentours des bases de McMurdo (États-Unis) et Scott (Nouvelle-Zélande), ainsi que les cabanes historiques de Scott et Shackleton, remarquablement préservées par le froid. Ces visites, encadrées par des conservateurs et des guides spécialisés, sont de véritables voyages dans le temps, où l’on découvre intactes des boîtes de vivres, des instruments scientifiques ou des vêtements d’époque.
Les croisières vers la mer de Ross durent généralement plus de 25 jours et exigent une grande flexibilité de la part des passagers : la route exacte, le nombre de débarquements et les sites visités peuvent varier fortement d’une année à l’autre. En contrepartie, vous explorez l’une des dernières grandes frontières de notre planète, dans des paysages de glace d’une ampleur difficile à concevoir avant de les avoir vus de vos propres yeux.
Équipe d’expédition spécialisée et protocoles scientifiques
Au cœur de toute croisière d’expédition polaire se trouve l’équipe d’expédition : un groupe pluridisciplinaire de guides, naturalistes, scientifiques et logisticiens qui orchestrent chaque sortie à terre et chaque activité à bord. Contrairement à une croisière classique où l’animation est centrée sur le divertissement, ici tout est tourné vers l’interprétation du milieu et la sécurité. Vous ne vous contentez pas de « voir » un iceberg ou un manchot : vous comprenez comment ils se forment, vivent, s’adaptent et sont affectés par le changement climatique.
Ces équipes comptent généralement des spécialistes en ornithologie, mammifères marins, glaciologie, géologie, histoire polaire et parfois anthropologie pour l’Arctique. Beaucoup ont déjà passé des saisons entières en station de recherche ou participé à des campagnes scientifiques. Leurs conférences quotidiennes, souvent illustrées de données récentes, transforment chaque croisière en véritable voyage d’étude, accessible même sans aucune formation préalable.
De plus en plus de compagnies participent à des programmes de science participative (« citizen science »). Concrètement, vous pouvez être invité à contribuer à des projets comme :
- la collecte de photos de baleines pour l’identification des individus par leurs nageoires caudales
- la mesure de la transparence de l’eau (disque de Secchi) ou la collecte de microplastiques en surface
- le suivi des oiseaux marins ou la photographie des nuages pour des programmes climatologiques
Ces protocoles sont élaborés en partenariat avec des instituts de recherche et encadrés par l’équipe scientifique à bord, afin de garantir la qualité des données. C’est une manière concrète de donner du sens à votre voyage : au lieu d’être simple spectateur, vous devenez un acteur modeste mais réel de la connaissance des régions polaires.
Réglementation IAATO et impact environnemental des débarquements
La fréquentation croissante des régions polaires a conduit les opérateurs responsables à se regrouper au sein d’organisations comme l’IAATO (International Association of Antarctica Tour Operators) pour l’Antarctique et l’AECO pour l’Arctique. Leur objectif : encadrer strictement les activités touristiques afin de minimiser leur impact sur des écosystèmes particulièrement vulnérables. Choisir une compagnie membre de ces associations est aujourd’hui un critère essentiel pour toute croisière d’expédition polaire respectueuse de l’environnement.
Concrètement, ces règlements se traduisent par des règles très précises : distances minimales à respecter avec les animaux, nombre maximal de personnes à terre simultanément, interdiction stricte de laisser quoi que ce soit sur place (du simple papier au caillou déplacé), procédures de désinfection des bottes et du matériel entre chaque débarquement pour éviter l’introduction d’espèces invasives. Chaque passager doit assister à un briefing environnemental obligatoire avant le premier débarquement, et signer parfois un code de conduite.
Dans l’Antarctique, les sites sont répertoriés et font l’objet de plans de gestion détaillés, parfois avec des zones interdites d’accès. Au-delà des règlements visibles, les compagnies investissent aussi dans des technologies pour réduire l’empreinte carbone de chaque croisière : propulsion hybride, carburants plus propres comme le GNL, systèmes avancés de traitement des eaux usées, réduction et tri des déchets, élimination du plastique à usage unique à bord.
Vous vous demandez peut-être si une croisière polaire peut vraiment être « durable » ? La réponse tient dans l’effort continu pour limiter l’impact direct, mais aussi dans le rôle de sensibilisation que jouent ces voyages. De nombreuses études montrent que les personnes ayant visité les pôles deviennent ensuite des ambassadeurs plus engagés de la protection du climat et des océans. À condition, bien sûr, de choisir un opérateur qui place la responsabilité environnementale au cœur de son modèle.
Équipements indispensables et préparatifs techniques pour les passagers
Une croisière d’expédition dans les régions polaires ne s’improvise pas : même si les navires offrent un haut niveau de confort, les sorties à terre se déroulent dans des conditions parfois rudes. Un bon équipement est la clé pour profiter pleinement de chaque débarquement, sans souffrir du froid ou de l’humidité. La plupart des compagnies fournissent une liste détaillée plusieurs semaines avant le départ, mais certains principes restent universels.
La base, c’est le système des trois couches : une couche de base respirante (sous-vêtements techniques en laine mérinos ou synthétique), une couche intermédiaire isolante (polaire ou doudoune légère) et une couche externe coupe-vent et imperméable. Ajoutez à cela des gants chauds (avec éventuellement des sous-gants pour manipuler l’appareil photo), un bonnet couvrant bien les oreilles, un tour de cou et des chaussettes épaisses. Pensez aussi à des lunettes de soleil de haute protection : la réverbération sur la neige et la glace peut être intense, même par temps couvert.
Sur le plan technique, il est également judicieux de prévoir :
- un sac à dos imperméable ou muni d’une housse, pour transporter votre matériel lors des sorties en Zodiac
- des batteries et cartes mémoire supplémentaires pour votre appareil photo, les batteries se déchargeant plus vite dans le froid
- une trousse de médicaments personnels et, si besoin, un traitement contre le mal de mer pour la traversée des zones agitées comme le passage de Drake
Enfin, n’oubliez pas les aspects administratifs et de santé : passeport en cours de validité, éventuels visas pour les pays de départ ou d’escale, assurances adaptées aux voyages d’expédition (incluant parfois le rapatriement depuis des zones isolées). Certaines croisières exigent un certificat médical attestant de votre aptitude à participer aux débarquements. En préparant soigneusement ces éléments en amont, vous vous assurez de vivre votre croisière d’expédition polaire l’esprit libre, entièrement disponible pour l’émerveillement et la découverte.